mercredi 3 mars 2010

Le bilinguisme comparatif: Canada, Belgique et Finlande

Les jeux Olympiques à Vancouver cette année ont mis le caractère bilingue du Canada sous les feux de la rampe, même si au début c'était de façon négative. Le débat qui s'est ensuivi a fait ressortir différents aspects du bilinguisme: d'abord, le volet officiel des langues, de par les déclarations et discours officiels; ensuite, le volet des services administratifs aux athlètes et au public; et enfin, le volet de la représentation culturelle, du côté des spectacles offerts au public qui visaient refléter la culture canadienne. Si les cérémonies d'ouverture ont paru déplaire à certains niveaux, les cérémonies de clôture et la fête les suivant ont, semble-t-il, mieux comblé les lacunes.

Une cinquantaine de pays au monde ont plus d'une langue officielle. Différents pays ont différentes approches au bilinguisme. Le cas de la Belgique et celui de la Finlande sont peut-être parmi les plus pertinents pour y comparer le Canada.

La Belgique (pays trilingue, mais surtout flamand et francophone) a tendance à épouser le communalisme territorial — tel que prôné par le Québec, à l'insu des minorités francophones ailleurs au Canada — tandis que la Finlande, elle, paraît suivre le même modèle que celui au Canada et ce, depuis 1919, pour la protection de la langue suédoise.

Selon le document Le Royaume de Belgique, «Il n’y a pas de documents bilingues en Belgique. Même dans l’agglomération bruxelloise, tous les documents sont unilingues, mais disponibles soit en français soit en néerlandais, selon la demande du citoyen. L’Administration fédérale est conçue en réseaux linguistiques parallèles. Les lois et règlements précisent que 40 % des fonctionnaires sont unilingues néerlandophones, 40 % unilingues francophones et 20 % bilingues, mais également répartis entre Flamands et Wallons... Les ministères de la Justice, le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Défense sont scindés en deux; l'un est francophone, l'autre, néerlandophone.» (http://www.salic-slmc.ca/showpage.asp?file=biling_autres_pays/belgique&language=fr&updatemenu=true)

Comme l'explique l'article suivant: «Les Flamands ont obtenu, d’une part, que l'agglomération bruxelloise, limitée à 19 communes, reste officiellement bilingue, d’autre part, que les communes ceinturant l'agglomération demeurent flamandes (dans six d'entre elles, la population de langue française dispose de «facilités»).» (source: http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/belgiqueetat_histoire.htm) C'est qu'ils n'ont pas automatiquement droit aux services en français en zone flamande, ou aux services en néerlandais en zone francophone.

En Finlande, cependant, tous les citoyens de langue suédoise peuvent demander le service en suédois partout au pays. La question de l'éducation est réglée à la canadienne, avec une formule semblable à celle des ayant-droits ici : «Au niveau municipal, les communes sont classifiées comme bilingues si la langue de la minorité est parlée par au moins 8 pour cent de la population ou par 3 000 personnes (FINLEX 2006). En 2007, il y avait 416 communes en Finlande, desquelles 43 sont classifiées bilingues et 19 de langue suédoise (Kuntaliitto 2007). Dans ces communes, les enfants peuvent s'inscrire à des écoles de langue suédoise.» (https://oa.doria.fi/bitstream/handle/10024/36065/gradu2007ahtola.pdf?sequence=1)

La protection de la langue est cependant loin d'être facile, pas plus qu'ici au Canada: «le bilinguisme officiel ne veut pas dire que tous les Finlandais sont de fait bilingues. En vérité, pour la plupart des gens de langue finnoise dans les régions monolingues, le suédois demeure une langue étrangère enseignée à l'école mais jamais utilisée dans la vie quotidienne. Les bilingues, soit parfaits bilingues ou dominants dans une langue, sont une minorité de gens qui habitent surtout les régions bilingues du pays et ont l'occasion de se servir des deux langues en milieu naturel. Le statut de la langue suédoise provoque le débat et la discussion de façon constante au niveau politique et communal. Toutefois, une planification linguistique soignée, la protection juridique et les institutions linguistiques suédoises ont assuré la survie de la langue minoritaire, ce qui est chose rare même au niveau international.» (IBIDEM -
https://oa.doria.fi/bitstream/handle/10024/36065/gradu2007ahtola.pdf?sequence=1)

Fait intéressant, et sans doute pertinent: l'Histoire joue un rôle dans le degré de respect ou le sens d'héritage pour ce qui est des deux cas européens.

En Belgique, ce qui est aujourd'hui la minorité francophone (à environ 40 pour cent, contre presque 60 pour cent pour les Flamands) a longtemps été la classe majoritaire et dominante. Il en résulte qu'il existe beaucoup de ressentiment contre les Wallons, de la part des Flamands, qui dominent aujourd'hui la classe commerciale et ont le sentiment de subventionner les francophones. Cela se joue surtout dans la zone territoriale bilingue de la capitale de Bruxelles, que les Flamands voient plutôt, géographiquement, comme faisant partie de la Flandre. Ajoutons à cela que les Flamands se sentent beaucoup plus menacés globalement que les Wallons, compte tenu de la situation du néerlandais par rapport au français comme langue internationale.

En Finlande, la situation des Suédois ressemble beaucoup à celle des Anglophones de la province du Québec - ils ont toujours été minoritaires, et historiquement, ils contrôlaient le pays. Aujourd'hui, les Finlandais de langue suédoise constituent 5,5 pour cent de la population. La Finlande a longtemps fait partie du royaume de la Suède, est devenue un grand duché de la Russie Impériale en 1809, et n'a obtenu son indépendance qu'en 1917. La plus grande différence aujourd'hui, bien sûr, est le statut du suédois relativement à l'anglais: même en Finlande moderne, si tous les citoyens savent parler le finnois, la plupart des gens souhaitent parler l'anglais comme langue seconde, plutôt que le suédois.

Que peut-on conclure de ces brefs survols? Chaque pays a sa propre façon de mettre en oeuvre une politique bilingue ou multilingue. Chaque méthode - territorialisme linguistique ou communautarisme linguistique non-territorial - a ses avantages et ses lacunes. Le modèle canadien occupe une place tout à fait respectable dans le monde du multilinguisme. La sensibilité de la population aux nuances du bilinguisme – traduction, services et représentation culturelle – a de quoi nous rendre fiers de notre évolution.

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