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mercredi 20 janvier 2010

Du bilinguisme au multiculturalisme: c’est quoi, une «communauté culturelle»?

Bien que je trouve essentiel de considérer sérieusement la question de la diversité, le vocabulaire qui accompagne le principe me donne souvent un haut-le-corps.

Au Québec, par exemple, il y a un ministère des Communautés culturelles. Ça m’agace. Y at-t-il vraiment des communautés qui ne sont pas culturelles? Est-ce parce que «notre» culture va de soit, qu’elle est si évidente qu’elle est invisible, comme les atomes, le Bon Dieu ou le calendrier grégorien?

J’ai la même réaction vis-à-vis l’expression «groupe ethnique». Tout le monde l’est, puisqu’il n’existe aucun être humain qui ne soit pas ethnique, mais il est sous-entendu qu’on veut dire par là «les autres». Ce sont les autres qui sont visibles, qui ont des coutumes et des langages qu’on présente une fois par année, dans le cadre d’un festival, dans une salle universitaire, pendant une semaine ou peut-être tout un mois.

Ça me rappelle ce que me racontait ma mère, au sujet de ma grand-mère : lorsque cette dernière voulait parler des gens qui n’étaient ni francophones, ni anglophones, elle les appelait «les nations». A-t-on évolué depuis? Je me pose la question.

On dira que pourtant, il existe une demande pour reconnaître les besoins de groupes différents qui ne sont pas bien représentés au sein des manifestations culturelles générales. En effet. Il faut se demander pourquoi. Puis, si c'est le cas, on dira qu'il faut bien les appeler quelque chose, et d'être le plus neutre possible. Pourtant, cela ne règle pas le dilemme de l'exceptionnalisme (ou si on veut, l'Autrisme; en anglais, «Othering»). Si on m'accueille à quelque part en constatant tout haut que je suis «ethnoculturelle», et qu'on organise un événement avec des gens «ethnoculturels", parce qu'il faut bien appeler ça quelque chose, je n'aurai pas le choix, au sein de la majorité, de m'identifier, et d'identifier mes besoins, avec l'étiquette de «l'ethnoculturel». Est-ce mon choix inné, au départ, de préférence? Pas forcément: ce serait peut-être plutôt par défaut.

Que doit-on donc appeler le ministère qui s’occupe de la diversité culturelle? Idéalement, nul besoin ne serait de la déclarer. On la tiendrait pour acquis. Cependant, puisqu'il est vrai que la diversité est une chose positive, j'aime bien l'expression «francophonie plurielle» — car voilà bien ce qui nous décrit aujourd'hui, à Toronto comme à Montréal, et ailleurs. Si ça nous empêche de distinguer entre les groupes qu'on appelle «ethnoculturels» et les «nous autres» inédits, je me dis: ce n'est pas forcément mauvais.